Tarifs de 50 %, fin du de minimis, et pourquoi une figurine à 39 $ en coûte maintenant 100 aux États-Unis

Le 19 août 2026, à 0 h 01 (heure de l’Est), un tarif américain de 50 % s’est abattu sur une liste de produits canadiens qui s’étend du chapitre 4 au chapitre 97 du tarif douanier américain. Le 21 août, la dernière ronde de négociations a échoué. Le 22 août, le premier ministre Mark Carney a suspendu les pourparlers et engagé le Canada à riposter dollar pour dollar.

Nous sommes une petite ferme d’impression industrielle au Québec. Nous fabriquons des objets de collection décoratifs — canards, gnomes, dragons, figurines articulées — et nous les expédions à des gens qui les aiment. Nous ne sommes pas l’acier. Nous ne sommes pas le bois d’œuvre. Nous ne sommes ni un cartel laitier ni une usine automobile. Et pourtant, c’est aujourd’hui notre problème, de façon directe et mesurable, et ça s’apprête à devenir celui de nos clients américains.

Voici donc le portrait complet, avec les chiffres, et notre décision quant à la suite.

Ce qui s’est réellement passé

Le 20 juillet 2026, la Maison-Blanche a émis trois proclamations — 11046 (alcool), 11047 (produits laitiers) et 11048 (véhicules automobiles) — imposant un droit supplémentaire de 50 % sur une liste définie de produits canadiens. Elles sont entrées en vigueur le 19 août 2026.

Quatre détails comptent davantage que le chiffre en manchette :

  • Il s’agit de l’article 338, et non de l’IEEPA. Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a invalidé les tarifs imposés en vertu de l’IEEPA par une décision de 6 contre 3 dans l’affaire Learning Resources, Inc. c. Trump, statuant que le pouvoir de taxer les importations appartient au Congrès. Cette décision a annulé les tarifs « fentanyl » et « Liberation Day » de 2025 et ouvert un bassin de remboursements estimé à 175 milliards de dollars. L’article 338 de la Tariff Act de 1930 — une disposition jamais utilisée en 96 ans d’existence — a été ressorti des tablettes pour les remplacer.
  • La liste ne porte pas sur l’auto, le lait ou l’alcool. La seule proclamation sur les véhicules automobiles touche le ciment, les perruques, le contreplaqué, les meubles, les cosmétiques, le textile et le vêtement, la bijouterie, la papeterie, les décorations de Noël, les articles de sport et les jouets. La couverture se détermine au niveau de la ligne tarifaire à huit chiffres : un produit peut donc être visé par une liste qui ne nomme jamais son industrie.
  • L’ACEUM ne vous protège plus. C’est l’élément qui a changé notre entreprise du jour au lendemain. Sous toutes les mesures précédentes, les biens admissibles à titre nord-américain en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique étaient épargnés. Sous l’article 338, ils ne le sont pas. Un certificat d’origine valide est désormais un papier qui ne prouve rien sur ce que vous paierez. Nos produits sont conçus et imprimés au Québec, à partir d’une chaîne d’approvisionnement bâtie précisément pour être admissible — et cette admissibilité ne vaut plus rien à la frontière.
  • Les exemptions visent les matières premières, pas les fabricants. L’énergie, la potasse, le poisson, les minéraux critiques et les biens déjà visés par l’article 232 sont exclus. Personne n’a rédigé d’exemption pour un canard imprimé en 3D.

Nous avons passé les annexes ligne par ligne, et nous pouvons être précis plutôt que vagues. Le code SH 3926.40.00 — « Statuettes et autres objets d’ornementation, en matières plastiques » — figure sur la liste. C’est exactement notre catégorie. Ni voisine, ni discutablement incluse : cette ligne à huit chiffres est celle qu’un agent des douanes lit sur un objet de collection décoratif imprimé en 3D. Nos produits sont directement et sans ambiguïté frappés du tarif de 50 %.

Nous insistons là-dessus, parce que la couverture médiatique induit en erreur par omission. À lire les reportages, on croit que l’article 338 porte sur le bois d’œuvre, le lait, l’auto et le whisky. C’est faux. Ces trois proclamations ratissent des industries entières qu’aucun journaliste n’a pris la peine de nommer, réparties sur des dizaines de chapitres et des centaines de lignes à huit chiffres qui n’ont rien à voir avec les différends invoqués en justification. Il n’existe aucun lien rationnel entre la politique laitière canadienne et une statuette de plastique. La statuette est sur la liste quand même.

Si vous vendez quoi que ce soit de physique de l’autre côté de cette frontière, ne vous fiez pas aux manchettes pour savoir si vous êtes touché. Sortez vos propres codes à huit chiffres et vérifiez-les vous-même dans les annexes. Beaucoup d’entreprises canadiennes vont apprendre qu’elles sont visées en recevant une facture — et à ce moment-là, la marchandise est déjà partie.

Et soyons clairs sur qui paie réellement. Pas les gouvernements qui s’échangent des communiqués. Un tarif se perçoit à la frontière et se répercute le long de la chaîne : le consommateur américain le paie à la caisse, et le producteur canadien le paie en commandes perdues. Sur un objet de collection décoratif, il n’y a aucun tiers pour l’absorber : pas de négociant en matières premières, pas de salle de couverture, aucun rabais de volume assez profond pour avaler 50 %. Ce sont les consommateurs des deux côtés de cette frontière qui vont le porter, et ce sont les deux groupes qui ont le moins voix au chapitre.

Ce qui a réellement tout brisé : un traité qu’on a cessé d’honorer

Il serait facile de blâmer la fin du de minimis, et une bonne partie de la couverture médiatique le fait. Ce n’est pas ce qui nous est arrivé, et la distinction est capitale.

Les États-Unis ont suspendu leur exemption de minimis de 800 $ le 29 août 2025, puis ont rendu cette suspension indéfinie et mondiale à compter du 24 février 2026. Pendant des décennies, un petit colis d’une valeur inférieure à 800 $ traversait sans déclaration en douane formelle. C’est terminé : chaque colis commercial — un porte-clés à 12 $, une figurine à 39 $ — exige désormais une entrée formelle, une classification tarifaire et une évaluation des droits. Et une entrée formelle, ça se paie : environ 10 à 25 $ US de courtage par envoi, plus des frais de débours du transporteur. C’est un péage fixe sur le fait même de traverser, et il frappe le plus durement les entreprises comme la nôtre — beaucoup de petites commandes, faible valeur unitaire, gros volume.

Ce changement a fait de réels dégâts, et la majeure partie est retombée sur les Américains : des consommateurs américains frappés de droits postaux forfaitaires sur des commandes ordinaires, des PME américaines qui importent des composants, et tous les vendeurs étrangers qui ont soudain eu besoin d’un courtier en douane pour poster un colis. Nous ne minimisons rien. Mais pour le commerce à l’intérieur de l’Amérique du Nord, ça n’a jamais été la contrainte déterminante — et c’est tout le propos : nous avions, par-dessus, une obligation contractuelle de libre-échange.

Voilà ce qu’on omet de dire. Nous avions l’ACEUM. Nos produits sont conçus et imprimés au Québec et se qualifient comme nord-américains en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique : les droits évalués lors de cette entrée formelle étaient donc de zéro. De février à août 2026, nous avons absorbé la paperasse et le courtage et nous avons continué d’expédier, parce que le traité tenait. Ça nous a coûté de la marge. Ça ne nous a pas coûté le marché.

Ce qui a brisé la vente directe au consommateur n’est pas une procédure douanière. C’est le 19 août 2026 — le jour où les États-Unis ont décidé qu’un accord commercial qu’ils ont eux-mêmes négocié, signé et ratifié ne les contraignait plus. L’article 338 s’applique aux biens d’origine ACEUM délibérément. C’est la conception même de la mesure, pas une faille.

Relisez cette phrase, parce que nous ne croyons pas qu’elle ait été saisie à sa juste mesure : l’une des plus grandes juridictions du monde a cessé d’honorer son propre contrat avec son plus ancien partenaire commercial. Pas renégocié. Pas retiré selon les clauses de sortie que l’accord contient lui-même. Simplement contourné au moyen d’une loi de 1930, rendu inopérant un mercredi matin.

Chaque entreprise canadienne qui a restructuré sa chaîne d’approvisionnement pour se qualifier — 96 % des exportateurs — a fait ce travail sur la foi d’une promesse. Cette promesse s’est révélée sans valeur, et elle ne reprendra pas de valeur simplement parce qu’une future administration l’affirmera. C’est ça, le dommage. Un tarif, c’est un chiffre, et un chiffre peut redescendre. Qu’un pays établisse que sa signature ne l’engage pas, c’est un événement d’une tout autre nature, et aucune proclamation subséquente ne le défera. Ça brise bien plus que notre canal de vente directe.

Le de minimis n’a pas brisé ça. Le de minimis, c’est le mécanisme de perception — c’est ce qui fait qu’un colis de 39 $ est aujourd’hui arrêté, classé et évalué, au lieu de passer sous un seuil de 800 $ sans être examiné. L’abrogation a chargé l’arme. L’article 338 a appuyé sur la détente. Ni l’un ni l’autre n’aurait suffi seul à mettre fin à ce commerce; ensemble, ils sont décisifs.

Le calcul sur une figurine à 39 $

Voici une estimation honnête pour un objet de collection de format moyen expédié de notre atelier au Québec jusqu’à une porte aux États-Unis, sous les trois régimes successifs. Ce sont des estimations bâties à partir de fourchettes publiées de transport et de courtage, pas une soumission — le coût rendu réel dépend du service, du poids et de la façon dont votre transporteur facture.

Poste Avant août 2025
de minimis en vigueur
Févr.–août 2026
sans de minimis, ACEUM tient
Maintenant
article 338
La figurine 39 $ 39 $ 39 $
Colis transfrontalier (petit, économique) ~25–35 $ ~25–35 $ ~25–35 $
Entrée formelle + courtage + débours 0 $ ~15–35 $ ~15–35 $
Droits 0 $ 0 $ — ACEUM ~20 $ (50 %)
Rendu à une adresse américaine ~64–74 $ ~79–109 $ ~99–129 $

C’est la colonne du milieu qui fait la démonstration. Ça, c’était une entreprise : serrée, irritante, mais viable. Nous l’avons opérée pendant six mois. Le traité faisait exactement ce à quoi sert un traité — rendre la frontière assez ennuyeuse et prévisible pour qu’on puisse planifier autour.

La troisième colonne, ce n’est pas une entreprise. Et remarquez ce que la manchette « tarif de 50 % » camoufle : par rapport au prix de l’objet lui-même, le mettre dans une main américaine coûte maintenant plus cher que de le fabriquer. Environ la moitié de cette hausse n’est même pas le tarif — c’est l’empilement de frais sur lequel le tarif vient s’asseoir. Un client qui entend « 50 % » se prépare à payer 59 $ et reçoit une facture de plus de 100 $.

Maintenant, regardez-le de notre côté de la table. Chacun de ces dollars est un dollar qui ne va pas au filament, à l’électricité, au loyer ou aux gens qui font rouler les machines. Les droits et les frais d’entrée sur une seule figurine dépassent aujourd’hui la matière et la main-d’œuvre qui ont servi à la fabriquer. On nous demande d’opérer une ferme d’impression où la frontière coûte plus cher que la fabrication.

Ce n’est pas un problème de marge. C’est un problème de « pourquoi on fait ça ».

Ce que nous allons faire

La commande en ligne directe sur 3dcentral.ca ouvre le 1er septembre 2026. Voici notre position à cette date :

  • Le Canada est la priorité, sans nous excuser. Notre clientèle canadienne et québécoise a accès au catalogue complet, à nos meilleurs prix et aux investissements de croissance qui étaient auparavant destinés à l’expansion américaine. Cette réaffectation est déjà commencée.
  • L’expédition directe vers les États-Unis fait l’objet d’une révision formelle. Nous ne refilerons pas discrètement une facture doublée au client à la caisse en appelant ça des frais de livraison. Soit nous pouvons offrir à un acheteur américain un prix rendu honnête et défendable, soit nous cessons de l’offrir. Nous prévoyons trancher en quelques semaines, pas en quelques mois.
  • Nos fiches Amazon US demeurent actives. Les collectionneurs américains qui veulent nos pièces peuvent toujours s’en procurer là, par un canal où la logistique transfrontalière est déjà gérée. Si l’expédition directe est mise sur pause, c’est la porte qui reste ouverte. Soyons très clairs : nos clients américains ne sont pas coupés de nos produits. Nous réexaminons une des routes qui y mènent.
  • Nous n’augmenterons pas les prix pour camoufler ça. Si un coût est un tarif, nous l’appellerons un tarif. Si c’est du courtage, nous l’appellerons du courtage. Personne n’apprendra la politique commerciale américaine à travers une ligne mystérieuse sur notre page de paiement.

Notre position

Nous appuyons notre gouvernement dans ce dossier, et nous tenons à expliquer pourquoi, parce que « j’appuie la riposte » s’écrit vite et mérite d’être justifié.

L’option sur la table, c’était d’accepter un tarif permanent de 25 % assorti d’une liste d’exigences sur la façon dont ce pays se gouverne, et d’appeler ça une entente. Un tarif de 25 % que vous avez accepté, ce n’est pas la paix : c’est une taxe permanente sur vos propres travailleurs, que vous avez signée. Et une relation commerciale dont les termes sont rouverts chaque trimestre par proclamation n’est pas une relation — c’est une laisse. Refuser était la bonne décision. Nous appuyons la riposte dollar pour dollar, et nous appuyons le choix de quitter la table plutôt que de signer quelque chose qui ne tiendrait que jusqu’à la prochaine conférence de presse.

Et disons l’évidence sur le chiffre lui-même : 25 % sur des figurines de plastique, c’est insoutenable, et c’est aussi inutile. Demandez-vous ce que c’est censé accomplir. Il n’existe aucune industrie américaine dormante de l’objet décoratif de collection qui n’attendrait qu’un rapatriement. Personne ne va monter une ferme d’impression en Ohio parce qu’un canard québécois a coûté plus cher. Les objectifs déclarés — emplois, levier, réindustrialisation — sont inatteignables par ce chemin, peu importe le taux. Ce que la politique produit réellement, c’est une petite entreprise canadienne qui fait de la paperasse au lieu de l’ingénierie, un collectionneur américain qui paie le double, et un courtier au milieu qui perçoit des frais pour le privilège. C’est du temps perdu, de l’argent perdu et de l’attention perdue des deux côtés d’une frontière dont les milieux d’affaires ont cruellement besoin du contraire en ce moment.

Le coût le plus profond, c’est la prévisibilité. Ça fait environ une décennie que ça dure — renégociations, claquages de porte, pouvoirs d’urgence, proclamations, un renversement en Cour suprême, et maintenant une loi de 1930 dépoussiérée six mois après l’échec de la théorie juridique précédente. On ne planifie pas des dépenses en capital contre ça. On ne signe pas une entente d’approvisionnement de deux ans contre ça. Nous n’allons pas continuer à bâtir une entreprise canadienne dont la viabilité dépend de la direction que prendra le gouvernement américain ce trimestre-ci. Ce n’est pas une position politique. C’est de la gestion de risque élémentaire, et tous les entrepreneurs canadiens que nous connaissons y arrivent chacun de leur côté.

C’est aussi pourquoi, pour une entreprise comme la nôtre, l’écart entre 25 % et 50 % est théorique. Les deux chiffres arrêtent le commerce. Une fois l’entrée formelle, le courtage et les frais de débours ajoutés à un colis de 39 $, 25 % et 50 % aboutissent au même endroit : un client américain qui paie environ le double, et un fabricant canadien qui conclut que ça ne vaut pas la paperasse. Il n’a jamais existé de version de tout ça que nous allions absorber en silence, alors il ne reste plus rien à céder.

Il y a là une ironie que nous n’arrivons pas à digérer. Toute notre thèse d’entreprise repose sur la fabrication décentralisée — l’idée que la réponse aux chaînes d’approvisionnement fragiles et lointaines, c’est de fabriquer près des gens qui achètent, en petites séries, sur demande. C’est précisément la solution au problème que ces tarifs prétendent régler. Un mur à la frontière ne bâtit pas d’usine; une ferme d’impression, oui. Cette politique punit exactement le modèle qui rend un pays moins dépendant des importations.

Et le résultat stratégique est le bout le plus drôle, si le cœur vous en dit. Chaque relation que les États-Unis rendent coûteuse se rebâtit ailleurs, et une bonne partie se rebâtit avec la Chine. Le commerce ne s’évapore pas quand on le taxe : il déménage. Des entreprises canadiennes signent en ce moment avec des partenaires européens et asiatiques qu’elles n’auraient jamais appelés il y a deux ans, et ces contrats-là restent. Washington dépense son levier pour offrir à son principal adversaire une décennie d’affaires qu’il n’a même pas eu à disputer. Nous regardons un pays taxer ses amis jusqu’à les pousser dans les bras de son rival, et appeler ça de la force.

Cette politique ne fait pas ce qu’elle prétend faire

Écartez la rhétorique et posez la seule question qui compte : est-ce que tout ça ramène de la fabrication aux États-Unis ? Ceux qui auraient à déménager ont répondu. Environ 64 % des fabricants disent n’avoir aucune intention de déplacer leur production vers les États-Unis pour éviter les tarifs. Pour la plupart, il demeure moins coûteux de produire à l’étranger ou de se diversifier vers une géographie moins taxée. Et là où un rapatriement se produit réellement, une bonne part atterrit en Chine plutôt qu’en Amérique — parce que lorsqu’on augmente les tarifs sur tout le monde en même temps, les solutions de rechange à la Chine cessent d’être moins chères que la Chine.

Il y a un aveu dans la politique elle-même. Le département du Commerce des États-Unis a mis en place un processus permettant aux producteurs canadiens et mexicains d’acier et d’aluminium de demander un tarif réduit en vertu de l’article 232 — en échange d’un engagement contraignant à construire ou à agrandir des usines aux États-Unis. Mesurez ce que ça concède. Si les tarifs suffisaient à rapatrier la production, il ne serait pas nécessaire de négocier des ententes parallèles pour l’acheter. Il suffirait d’attendre. Le fait qu’il faille arracher ces engagements une entreprise à la fois, c’est l’aveu que le mur ne fait pas le travail.

Et voici la statistique qui devrait clore le débat pour quiconque prétend encore qu’il s’agit d’équité : 96 % des exportateurs canadiens produisent des biens conformes à l’ACEUM. Ils ont fait le travail. Ils ont restructuré leurs chaînes d’approvisionnement, documenté l’origine, respecté les règles d’un traité que les États-Unis ont négocié et signé. L’article 338 vient de rendre tout ça sans valeur en une seule matinée. Ce n’est pas une politique commerciale qui corrige une distorsion. C’est un pays qui dit à toutes les entreprises ayant respecté son propre accord que la conformité ne leur achète rien.

Alors ripostons. Dollar pour dollar. On ne négocie pas avec un intimidateur — négocier, c’est exactement ce qui lui confirme que la méthode fonctionne, et ça garantit la prochaine demande. Soit on l’ignore, soit on lui fait payer cher. Le Canada a choisi de lui faire payer cher, et nous sommes derrière cette décision sans réserve.

Nous serons francs sur le reste, parce que le temps des formules diplomatiques est passé.

Ce n’est pas la météo. Ce n’est pas une conjoncture. C’est un choix, fait par une administration précise, au moyen d’une loi de 1930 qu’aucun président en 96 ans n’avait cru pouvoir utiliser, et dirigé contre le pays qui est le partenaire commercial le plus proche et le plus ancien des États-Unis. L’origine de 1930 n’est pas non plus une coïncidence à ignorer : c’est la même époque, et le même réflexe, qui ont produit le tarif Smoot-Hawley. Ça ne s’était pas bien terminé la première fois.

Les dommages ici survivront à la politique. Les chaînes d’approvisionnement se rebâtissent sur des horizons de cinq et dix ans, et des milliers d’entreprises canadiennes sont, en ce moment même, dans la même pièce que nous, à faire le même calcul et à tirer la même conclusion : bâtir l’entreprise pour qu’elle ne dépende pas de l’accès américain. Une fois ce travail fait, aucune élection future ne le défera. Les États-Unis dépensent des décennies de confiance accumulée pour marquer un point ce trimestre-ci.

Une dernière chose, et nous la disons sans aucun plaisir. Le 19 août 2026 — le jour même de l’entrée en vigueur des tarifs — la dette nationale américaine a franchi les 40 000 milliards de dollars. Les intérêts annualisés sur cette dette atteignent maintenant environ 1 210 milliards par année, soit plus que ce que les États-Unis consacrent à l’ensemble de leur défense nationale : une première durable depuis la Seconde Guerre mondiale. Le CBO prévoit qu’environ le quart de toutes les recettes fédérales de la prochaine décennie servira à en assurer le service. Oui, c’est toujours la plus grande économie du monde. C’est aussi une économie posée sur un terrain nettement plus mou que ne le laisse croire le podium, et un pays dans cette position qui dépense sa crédibilité à chercher querelle aux voisins qui achètent ses produits ne projette pas de la force. Il brûle une réserve qu’il voudra récupérer.

Quand ce moment de vérité arrivera, les alliés compteront. Le Canada a été cet allié sans qu’on ait à le demander deux fois — trente-trois mille passagers bloqués accueillis dans des maisons de Terre-Neuve quand l’espace aérien américain a fermé le 11 septembre, 158 Canadiens morts en Afghanistan, soixante ans de NORAD. Nous n’avons jamais envoyé de facture. Alors comprenez ce qui se dépense réellement ici : pas une balance commerciale, mais la présomption que nous serions au rendez-vous. Continuez de tirer sur ce levier et cette présomption disparaîtra, et elle ne reviendra pas sur demande. Vous avez montré vos cartes. Nous les lisons et nous ajustons en conséquence — et tous les autres pays qui regardent la scène en font autant.

À nos clients américains

Ce n’est pas contre vous que nous sommes en colère, et nous n’allons pas faire semblant du contraire pour l’effet.

Vous avez été sincèrement bons avec nous. Vous avez continué de commander pendant dix-huit mois de chaos, vous avez absorbé des coûts qui n’étaient pas de votre faute, et plusieurs d’entre vous nous ont écrit pour s’excuser d’une chose dans laquelle vous n’êtes pour rien. Ce n’est pas rien. Nous l’avons remarqué, nous en sommes reconnaissants, et si nous devons mettre l’expédition directe sur pause, comprenez que ce n’est pas un jugement porté sur vous.

Nous dirons la partie plus difficile une seule fois, clairement. Un gouvernement, c’est la signature d’un pays. Celui-ci a été élu, et voilà ce qu’il a choisi de faire de son mandat — et ce qu’il dit à son plus ancien partenaire commercial, c’est que la relation est un levier qu’on tire quand ça fait l’affaire. Nous prenons ce message au pied de la lettre, parce qu’il serait insensé de faire autrement. C’est ça, un gouvernement représentatif : il vous représente, y compris auprès des gens de l’autre côté de la frontière qui doivent décider s’ils continuent de faire affaire avec le pays au nom duquel il parle.

Nous espérons que ça se renversera. Si c’est le cas, ça nous fera plaisir de vous vendre un dragon de nouveau, sans facture de douane attachée.

Sur le fait d’être plus petits

Nous avons crû mois après mois, sans exception, depuis nos débuts. Perdre le marché américain ralentirait ça, et nous n’allons pas prétendre que c’est un coup de maître stratégique ou un mal pour un bien. C’est une perte. C’est sincèrement triste de s’asseoir et de modéliser sa propre entreprise en train de rapetisser volontairement.

Mais la taille n’est pas la seule chose qui vaille la peine. Une entreprise plus petite qui contrôle ses coûts, qui sert des clients qu’elle peut réellement servir, et qui ne passe pas sa semaine à lire des proclamations pour savoir ce qu’elle doit à une frontière — cette entreprise-là continue de fabriquer des choses. Nous avons bâti tout ça sur la fabrication décentralisée, la production locale et l’agilité en petites séries précisément parce que ce sont les propriétés qui survivent à une mauvaise décennie en politique commerciale. Nous sommes sur le point de découvrir à quel point nous avions raison.

Nous allons continuer d’imprimer. Ce sera simplement plus près de la maison pendant un bout de temps.


Jonathan, au nom de l’équipe
3DCentral Solutions Inc. — Québec, Canada

Sources : Proclamations présidentielles 11046, 11047 et 11048 (20 juillet 2026); Learning Resources, Inc. c. Trump, Cour suprême des États-Unis, 20 février 2026; décret 14324 et décret de reconduction du 20 février 2026 suspendant l’exemption de minimis; directives du U.S. Customs and Border Protection; reportages de CBC, Bloomberg, du Washington Post et d’Al Jazeera, 19 au 22 août 2026. Les coûts rendus sont nos propres estimations à partir de fourchettes publiées de transport et de courtage, en dollars canadiens, et ne constituent pas une soumission.

À propos de Jonathan Dion-Voss

Membre de l'équipe de 3DCentral, qui crée des objets de collection décoratifs imprimés en 3D au Québec, au Canada.